5 phrases à éviter à la table pour aider votre enfant à développer une relation saine avec la nourriture
- 17 juin
- 6 min de lecture
Les repas sont bien plus qu'un moment pour nourrir nos enfants. Ils représentent aussi une occasion d'apprendre à écouter leur corps, à découvrir de nouveaux aliments et à développer une relation saine avec la nourriture tout en ayant du plaisir.
Comme nutritionniste, je rencontre régulièrement des parents qui me disent : « Je sais qu'il faut éviter la pression à table, mais je ne sais plus quoi dire quand mon enfant refuse de manger. »
Et je les comprends en étant maman de 3 enfants. La plupart des phrases que nous utilisons à la table sont souvent celles que nous avons entendues lorsque nous étions enfants. Elles sont généralement dites avec de bonnes intentions. Pourtant, certaines peuvent nuire à la relation que nos enfants développent avec la nourriture.
L'objectif n'est pas d'être un parent parfait, mais plutôt de prendre conscience des messages que nous transmettons autour des repas.

Voici cinq phrases à éviter à table, pourquoi elles peuvent être nuisibles et quoi dire à la place.
1. « Finis ton assiette si tu veux du dessert »

Cette phrase est probablement l'une des plus répandues dans les familles québécoises.
Je pense qu'on a tous déjà entendu quelque chose comme : « Mange ton pâté chinois avant de penser aux biscuits! » ou encore « Finis tes légumes et après tu auras droit au dessert. »
L'intention derrière cette remarque est généralement de s'assurer que l'enfant mange suffisamment ou qu'il consomme les aliments jugés plus nutritifs avant de passer au dessert. Pourtant, cette phrase place le dessert sur un piédestal. Il devient une récompense à mériter plutôt qu'un aliment parmi tant d'autres et peut encourager l'enfant à manger au-delà de sa faim pour l'obtenir.
Avec le temps, cela peut nuire à sa capacité à reconnaître ses signaux de satiété et augmenter l'attrait des aliments perçus comme « spéciaux » ou « interdits ». Je l'observe également chez certains adultes qui doivent réapprendre à faire confiance à leurs signaux de faim et de satiété.
À essayer à la place :
« Écoute ton bedon. Est-ce qu'il a encore faim ou est-ce qu'il est satisfait? »
Une autre façon de diminuer l'attrait particulier du dessert est de le présenter comme faisant simplement partie du repas. Par exemple, un fruit, un yogourt, un biscuit ou même un morceau de gâteau peuvent être déposés au centre de la table, dans une quantité prédéterminée. Lorsque le dessert est offert sans condition, il perd peu à peu son statut de récompense à mériter.
L'enfant peut alors choisir de le manger avant, pendant ou après son repas, ou même entre deux bouchées de saumon et de légumes (oui, oui!). Cela peut sembler surprenant au départ, mais cette approche favorise une relation plus neutre avec les aliments et permet à l'enfant d'écouter davantage ses signaux de faim, de satiété et ses préférences alimentaires.
Comme nutritionniste, je constate souvent que lorsque les desserts cessent d'être contrôlés ou utilisés comme récompense, ils deviennent graduellement moins obsessionnels et prennent naturellement leur place parmi les autres aliments.
2. « Mange encore trois bouchées »

Combien de fois avons-nous entendu cette phrase autour de la table pour avoir un autre aliment, obtenir un privilège ou simplement pouvoir quitter la table?
Bien que l'objectif soit souvent de s'assurer que l'enfant a suffisamment mangé, cette intervention peut lui apprendre à se fier davantage à l'adulte qu'à ses propres sensations corporelles.
Les enfants naissent avec une remarquable capacité à réguler leur appétit. Comme les adultes, ils ont des journées où ils mangent davantage et d'autres où ils mangent moins. C'est tout à fait normal.
Lorsqu'on insiste pour qu'ils mangent davantage malgré leurs signaux de satiété, on leur envoie le message que leur corps n'est pas un indicateur fiable.
À essayer à la place :
« Est-ce que ton bedon te dit qu'il a encore faim? »
Cette simple question permet à l'enfant de développer sa confiance envers ses propres sensations alimentaires.
Cette approche s'inscrit d'ailleurs dans le principe du partage des responsabilités en alimentation. En tant que parent, notre rôle est de décider quels aliments seront servis, à quel moment et dans quel environnement. L'enfant, lui, décide s'il mange parmi les aliments offerts et de la quantité qu'il consomme. Ce partage des rôles favorise le respect de ses signaux de faim, de satiété et de ses préférences alimentaires.
3. « Tu es difficile »

Combien de fois entend-on : « Il ne mange rien » ou « Elle est difficile avec les légumes » lors d'un souper de famille?
Même si ces commentaires semblent anodins, ils peuvent rapidement devenir une étiquette que l'enfant finit par adopter.
Lorsqu'un enfant entend régulièrement qu'il est difficile à table, il risque davantage de s'identifier à ce rôle et de maintenir certains comportements alimentaires.
En réalité, plusieurs enfants traversent des périodes de sélectivité alimentaire. Cela fait partie du développement normal et ne signifie pas qu'ils seront toujours réticents à essayer de nouveaux aliments.
À essayer à la place :
« Ta bouche apprend encore à découvrir certains aliments. »
Ou encore :
« Ta bouche ne veut pas goûter ce soir? C'est correct. Peut-être qu'elle voudra demain. »
J'aime aussi remplacer enfant difficile par mangeur prudent. C'est une façon plus douce de reconnaître que l'enfant apprend à découvrir les aliments à son propre rythme.
4. « Mange, c'est bon pour la santé »

Comme parents, nous voulons naturellement que nos enfants mangent des aliments nourrissants. Pourtant, pour un jeune enfant, le concept de santé est souvent très abstrait.
Dire qu'un aliment est « bon pour la santé » ne le rend pas nécessairement plus attrayant. Dans certains cas, cela peut même avoir l'effet inverse. L'enfant peut associer les aliments nutritifs à une obligation plutôt qu'à une expérience agréable.
Pour favoriser l'acceptation alimentaire, il est souvent plus efficace de parler des caractéristiques concrètes de l'aliment.
À essayer à la place :
« Ces fraises sont vraiment juteuses. »
« Cette soupe est bien chaude. »
« Les carottes sont croquantes aujourd'hui. »
Décrire les saveurs, les couleurs ou les textures aide l'enfant à développer sa curiosité alimentaire et favorise l'acceptation de nouveaux aliments sans pression.
5. « Tu as été sage, tu mérites une gâterie »

La nourriture est souvent utilisée pour récompenser, consoler ou célébrer. Pourtant, lorsqu'un aliment devient une récompense, il acquiert une valeur émotionnelle particulière.
Que ce soit la crème glacée après un rendez-vous, le biscuit promis après l'épicerie ou le repas de restauration rapide pour souligner un bon comportement lors d'une sortie, la nourriture est souvent utilisée pour récompenser les enfants.
L'enfant peut alors apprendre à associer certains aliments au réconfort, à la réussite ou à la gestion des émotions.
Bien sûr, manger un gâteau lors d'une fête ou partager une crème glacée en famille n'est pas un problème. Ce qui mérite réflexion, c'est l'utilisation systématique de la nourriture comme outil de récompense.
On observe également cette pratique dans certains milieux scolaires ou de garde. Par exemple, un groupe pourrait recevoir une friandise parce qu'il a bien écouté pendant une activité ou respecté les consignes. Bien que ces récompenses soient généralement offertes avec de bonnes intentions, elles contribuent elles aussi à associer certains aliments à la réussite, au mérite ou à l'approbation des adultes.
À essayer à la place à la maison :
· du temps de qualité ensemble;
· une activité spéciale;
· le choix d'un jeu;
· une histoire supplémentaire avant le coucher.
À essayer à la place dans les milieux scolaires ou de garde :
· quelques minutes supplémentaires de jeu libre;
· choisir une activité pour le groupe;
· un privilège spécial;
· des encouragements et de la reconnaissance verbale.
En résumé
Aucun parent n'est parfait, et il nous arrive tous de prononcer certaines de ces phrases à l'occasion. L'objectif n'est pas de culpabiliser, mais plutôt de prendre conscience des messages que nous transmettons à nos enfants autour de l'alimentation.
En créant un climat de repas positif, sans pression ni récompense alimentaire, nous aidons nos enfants à développer une relation saine avec la nourriture, à respecter leurs signaux de faim et de satiété et à conserver le plaisir de manger.
Comme nutritionniste et comme maman de trois enfants, je sais que les repas peuvent parfois être source de stress, d'inquiétude ou même de conflits. Heureusement, il existe des stratégies concrètes pour retrouver plus de plaisir et de confiance autour de la table.
Si vous avez des questions concernant l'alimentation de votre enfant ou si vous souhaitez être accompagné pour améliorer la dynamique des repas à la maison, n'hésitez pas à me contacter. Il me fera plaisir de vous aider à développer une relation plus harmonieuse avec la nourriture, autant pour votre enfant que pour toute la famille.



